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    Banque centrale numérique (CBDC) : vers un dirham digital piloté par Bank Al‑Maghrib.

    L’essor des monnaies numériques de banque centrale (CBDC) suscite un intérêt croissant dans le monde — et le Maroc ne fait pas exception. En 2025, la Banque Al-Maghrib (BAM) explore le lancement d’un « e-Dirham » afin de moderniser les paiements, d’améliorer l’inclusion financière et de renforcer la souveraineté monétaire. Cette initiative s’inscrit dans le contexte africain où plusieurs banques centrales testent des CBDC (Central Bank of Nigeria avec l’e-Naira, par exemple). L’article analyse les projets exploratoires du Maroc, les comparaisons africaines, ainsi que les principaux enjeux de stabilité et d’inclusion financière.

    1. Projets exploratoires du Maroc.

    La Banque Al-Maghrib a confirmé avoir mené un premier pilote de paiement de détail (peer-to-peer) pour sa future CBDC, appelé e-Dirham. Le gouverneur ­Abdellatif Jouahri a annoncé en juillet 2025 que cette phase était achevée et qu’une deuxième phase portant sur les transferts transfrontaliers était engagée, en collaboration avec la Central Bank of Egypt et avec le soutien de la World Bank.
    Dans le même temps, un cadre juridique est en cours d’élaboration : notamment un projet de loi relatif aux « crypto-actifs » et à la régulation des monnaies numériques, ce qui permettrait à la CBDC d’être intégrée dans un environnement légal clair
    L’analyse de la BAM souligne plusieurs objectifs stratégiques : faciliter les paiements, réduire les coûts, accroître l’inclusion financière — et préparer les infrastructures de paiements pour le futur numérique.

    2. Comparaisons africaines.

    Sur le continent africain, plusieurs initiatives de CBDC sont déjà plus avancées : le Nigeria avec l’e-Naira (depuis 2021), les Bahamas avec le Sand Dollar. Le Maroc a choisi une approche progressive : d’abord paiement national, puis pilotage transfrontalier. Cette démarche toutes choses égales permet de tirer les enseignements des pairs. 
    La collaboration avec l’Égypte pour les transferts transfrontaliers montre que le Maroc vise à s’inscrire non seulement comme utilisateur, mais comme acteur régional d’une monnaie numérique interopérable. Cette ambition pourrait le positionner comme hub numérique entre Afrique et Europe.

    3. Enjeux de stabilité et d’inclusion financière.

    Inclusion financière

    L’une des motivations centrales invoquées par la BAM est l’inclusion financière : l’e-Dirham pourrait permettre aux populations non bancarisées ou des zones périphériques d’accéder à des services de paiement via mobile ou wallet numérique, sans compte bancaire traditionnel. Stabilité financière & bancaire

    Cependant, le lancement d’une CBDC comporte des risques de désintermédiation bancaire (les dépôts bancaires étant remplacés par la CBDC) et de stabilité monétaire. La BAM l’a elle-même souligné : l’étude de l’impact sur la politique monétaire, les systèmes de paiement et la stabilité est en cours.

    Cyber-sécurité, vie privée et souveraineté

    La gestion d’une CBDC requiert des garanties fortes en :

    cyber-résilience et protection des données

    respect de la vie privée et lutte contre le blanchiment d’argent

    cohérence réglementaire face aux crypto-actifs.

    Le cadre légal en préparation et les partenariats (World Bank, IMF) visent à intégrer ces dimensions.

    • Opportunités et défis pour le Maroc

    Opportunités :

    • Modernisation de l’écosystème de paiements, réduction des coûts de transaction.

    • Amplification de la politique d’inclusion financière, en particulier pour les zones rurales ou informelles.

    • Renforcement de la souveraineté monétaire face à l’émergence de stablecoins ou d’autres monnaies numériques

    Défis :

    • Nécessité de clarifier le cadre légal et fiscal pour la CBDC, notamment en ce qui concerne les crypto-actifs et les nouveaux usages.

    • Besoin d’infrastructures numériques fiables (data centres, connectivité, wallet sécurisé) et de confiance de la population.

    • Gestion de l’équilibre entre banque traditionnelle et nouveau canal numérique : garantir que les banques restent des partenaires.

    • Coordination régionale et internationale pour les usages transfrontaliers, adaptabilité de la régulation.

    En 2025, le Maroc se situe à un moment charnière : la Banque Al-Maghrib avance sur la voie d’une monnaie numérique nationale, le « e-Dirham », avec une démarche prudente mais ambitieuse. En combinant inclusion financière, souveraineté monétaire et innovation technologique, l’initiative pourrait faire du Royaume un pionnier africain de la CBDC.

    Mais la réussite dépendra de la rigueur réglementaire, de l’architecture technique, de la coopération internationale et de l’intégration des acteurs bancaires traditionnels. Le virage du numérique monétaire ne se limite pas à remplacer les billets : il s’agit de repenser les paiements, l’inclusion et la finance de demain. Le Maroc en a les atouts ; l’étape suivante sera de transformer le projet en modèle opérationnel.