Finance verte : le Maroc attire les capitaux durables.
En 2025, la finance verte s’impose comme un pilier stratégique du développement économique marocain. Loin d’être un simple concept, elle constitue désormais une réalité tangible soutenue par des réformes structurelles, des innovations financières et une attractivité croissante pour les capitaux durables. Sous l’impulsion de Bank Al-Maghrib et du ministère de l’Économie et des Finances, le Maroc consolide sa position de modèle africain en matière de finance durable, combinant ambition écologique et logique de rendement.
Bank Al-Maghrib a franchi une étape déterminante en adoptant la Directive n° 5W21 sur la gestion des risques financiers liés au climat, imposant aux établissements de crédit d’intégrer les risques environnementaux dans leurs stratégies et dans l’évaluation des emprunteurs. En parallèle, la création d’une Unité de la Finance Verte (Green Finance Unit) au sein de la supervision bancaire témoigne de la volonté d’institutionnaliser cette approche. Le ministère des Finances a, de son côté, publié en 2024 la Stratégie nationale de développement de la finance climat à l’horizon 2030, estimant à près de 8 % la part des actifs bancaires exposés aux risques climatiques. Ces avancées s’accompagnent de projets d’émission souveraine d’obligations vertes et de l’intégration progressive de critères ESG dans la gouvernance budgétaire.
Le marché marocain des obligations vertes connaît une expansion sans précédent. Depuis l’émission pionnière de la Banque Centrale Populaire en 2016, plus de 15 milliards de dirhams d’obligations vertes et sociales ont été émis à fin 2024, finançant des projets solaires, éoliens et de gestion des déchets. En février 2025, l’ONCF a marqué un tournant avec une levée record de 2 milliards de dirhams, sursouscrite plus de cinq fois, dans le cadre d’un programme conforme aux standards internationaux de l’ICMA (Green Bond Principles). Ces émissions s’accompagnent d’un soutien accru des bailleurs internationaux : la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a octroyé plus de 750 millions de dirhams à Bank of Africa pour financer la transition écologique des entreprises marocaines. Dans la même logique, la Banque islamique de développement a ouvert au Maroc l’accès à son programme de Sukuk verts et durables pouvant mobiliser jusqu’à 10 milliards de dollars. Parallèlement, la Bourse de Casablanca travaille à la création d’un indice “ESG Maroc”, prévu pour 2026, afin de mesurer la performance des entreprises respectueuses des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance.
L’essor de la finance verte s’inscrit dans la continuité des grands projets de transition énergétique du Royaume, qui vise 52 % d’énergies renouvelables dans son mix d’ici 2030. Des projets structurants comme Noor Midelt II et Taza Wind Farm continuent d’attirer les investisseurs européens, notamment français et allemands, tandis que la coopération avec la Banque africaine de développement et l’Union européenne confirme la crédibilité du Maroc comme pôle d’investissement durable. Bank Al-Maghrib, de son côté, illustre son engagement en investissant dans des Sustainable Development Bonds de la Banque mondiale, alignant ainsi la gestion de ses réserves sur les standards internationaux de durabilité.
Cependant, la consolidation de la finance verte au Maroc soulève aussi des défis majeurs. Le premier concerne la transparence et la traçabilité des fonds levés : la lutte contre le greenwashing nécessite des rapports de suivi rigoureux, en amont comme en aval des projets. Le second défi réside dans la montée en compétence des acteurs financiers : si les grandes banques disposent déjà d’équipes spécialisées, les institutions de taille moyenne manquent encore d’outils et de méthodologies normalisées pour évaluer les risques climatiques et bâtir des produits financiers verts. Enfin, les risques de transition (actifs fossiles dévalorisés, refinancement massif des obligations vertes mondiales à partir de 2025-2026) imposent au système financier marocain une vigilance accrue.
Malgré ces défis, le Maroc reste l’un des leaders africains de la finance durable, reconnu par la BERD et d’autres institutions internationales pour sa vision proactive. Casablanca Finance City s’impose comme un hub régional de capitaux verts, facilitant les émissions durables pour plusieurs centaines de millions de dirhams. La finance verte au Maroc dépasse désormais le cadre écologique : elle est devenue un levier économique et diplomatique, attirant les investisseurs étrangers et mobilisant les capitaux de la diaspora marocaine autour d’une ambition commune : bâtir une économie à la fois compétitive, résiliente et respectueuse de l’environnement.