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    Blockchain et identité numérique : le Maroc explore les usages souverains en 2025.

     

    En 2025, le Maroc franchit une nouvelle étape dans sa transformation numérique en explorant de manière encadrée les usages souverains de la blockchain et de l’identité numérique. Longtemps associée aux crypto-actifs, la blockchain est aujourd’hui envisagée par les pouvoirs publics comme une infrastructure de confiance, capable de sécuriser les données, de tracer les transactions et de moderniser les services publics. Dans un contexte de montée des enjeux de souveraineté numérique, le Royaume adopte une approche prudente mais stratégique, portée notamment par le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, en coordination avec Bank Al-Maghrib et les autorités de régulation.

    1. Une blockchain au service de la souveraineté numérique

    Contrairement à une adoption spéculative, le Maroc privilégie en 2025 des blockchains permissionnées, hébergées localement ou dans des environnements cloud souverains. L’objectif est clair :

    • garantir la maîtrise nationale des données,

    • renforcer la traçabilité et l’intégrité des informations,

    • réduire la fraude et les coûts administratifs.

    Cette orientation s’inscrit dans la continuité de Maroc Digital 2030, qui place la gouvernance des données et la cybersécurité au cœur de la modernisation de l’État (Ministère de la Transition numérique, 2025).

    2. Pilotes en cours : fintech, notariat et santé

    a. Fintech et services financiers

    Dans le secteur financier, plusieurs projets pilotes reposant sur la blockchain sont testés en 2025, sous supervision réglementaire. Ils concernent notamment :

    • la traçabilité des transactions interbancaires,

    • les registres KYC mutualisés,

    • la lutte contre la fraude et le blanchiment.

    Bank Al-Maghrib, déjà engagée dans l’exploration d’un dirham digital (CBDC), considère la blockchain comme une brique technologique potentielle pour les paiements de détail et les transferts transfrontaliers, sans remettre en cause la stabilité monétaire (Bank Al-Maghrib, rapports 2024-2025).

    b. Notariat et registres juridiques

    Le notariat constitue l’un des usages souverains les plus prometteurs. En 2025, des expérimentations portent sur :

    • l’horodatage blockchain des actes notariés,

    • la certification infalsifiable des titres fonciers,

    • la traçabilité des transactions immobilières.

    Ces solutions visent à réduire les litiges, renforcer la sécurité juridique et accélérer les procédures, tout en maintenant l’autorité de l’État sur les registres officiels.

    c. Santé et données médicales

    Dans le secteur de la santé, la blockchain est testée comme outil de gestion sécurisée des dossiers médicaux, permettant :

    • l’accès contrôlé aux données par les professionnels autorisés,

    • la traçabilité des consultations et prescriptions,

    • une meilleure interopérabilité entre établissements publics et privés.

    Ces projets restent pilotes en 2025, en raison de la sensibilité des données de santé, mais ils s’inscrivent dans la stratégie nationale de digitalisation du système de soins.

    3. Identité numérique : pierre angulaire des usages blockchain

    L’identité numérique constitue le socle indispensable à l’adoption de la blockchain dans les services publics. En 2025, le Maroc avance vers un modèle d’identité numérique souveraine, adossée à :

    • l’état civil,

    • les bases administratives existantes,

    • des mécanismes d’authentification forte.

    L’objectif est double :

    • permettre aux citoyens et entreprises d’accéder aux services numériques en toute sécurité,

    • éviter la dépendance à des solutions étrangères de gestion d’identité.

    La blockchain est envisagée comme un outil de vérification et de traçabilité, non comme un substitut à l’autorité de l’État.

    4. Cadre réglementaire en gestation

    En 2025, le Maroc se trouve dans une phase de construction réglementaire. Plusieurs chantiers sont en cours :

    • clarification de la distinction entre blockchain d’infrastructure et crypto-actifs spéculatifs,

    • adaptation des lois sur la protection des données personnelles,

    • intégration des normes internationales en matière de cybersécurité et d’interopérabilité.

    Le ministère de la Transition numérique joue un rôle central de coordination, en lien avec la CNDP (Commission Nationale de Protection des Données à Caractère Personnel) et les régulateurs sectoriels. L’approche marocaine privilégie la sécurité juridique et la progressivité, afin d’éviter les dérives observées dans certains pays.

    5. Enjeux économiques et opportunités

    L’exploration des usages souverains de la blockchain ouvre plusieurs perspectives :

    • modernisation des services publics,

    • réduction des coûts administratifs,

    • émergence d’un écosystème de start-ups spécialisées (GovTech, LegalTech, HealthTech),

    • attractivité pour les investisseurs et talents de la diaspora.

    Pour les MRE, ces évolutions offrent des opportunités de transfert de compétences, de partenariats technologiques et d’investissement dans des solutions à forte valeur ajoutée, alignées sur les priorités nationales.

    En 2025, le Maroc aborde la blockchain et l’identité numérique non comme une rupture incontrôlée, mais comme des outils stratégiques au service de la souveraineté, de la confiance et de l’efficacité publique. En combinant projets pilotes ciblés, cadre réglementaire en gestation et gouvernance étatique forte, le Royaume pose les bases d’une adoption maîtrisée et durable.

    À moyen terme, la capacité du Maroc à transformer ces expérimentations en solutions opérationnelles déterminera son positionnement comme acteur africain crédible de la souveraineté numérique, capable de concilier innovation technologique et autorité publique.