Financement climatique : comment le Maroc mobilise les ressources vertes en 2025.
En 2025, la lutte contre le changement climatique et la transition énergétique du Royaume s’appuient de plus en plus sur la finance verte : obligations vertes, partenariats multilatéraux, financements internationaux — autant de mécanismes essentiels pour transformer les ambitions en projets concrets. Cet article fait le point sur les instruments mobilisés, les montants engagés, les projets financés et les défis à relever pour que le Maroc parvienne à tirer pleinement parti de ce levier.
Les obligations vertes — un instrument structurant.
En 2025, ONCF (l’opérateur ferroviaire national) a émis une nouvelle obligation verte d’environ 2 milliards de dirhams (MAD), destinée à financer des projets de réseau ferré rénové et électrifié.
La participation de EBRD (Banque européenne pour la reconstruction et le développement) à hauteur de 38,4 millions d’euros dans cette émission confirme l’intérêt international pour la dette verte marocaine.
Par ailleurs, le cadre marocain de finance verte s’est renforcé en 2025 : la Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC) a publié en novembre 2025 des lignes directrices (“Green Bonds Guidelines”) pour encadrer l’émission de titres verts sur le marché local, visant à garantir la transparence, l’affectation des fonds et le suivi des projets.
Selon une étude 2025, une hausse de 1 % de l’émission d’obligations vertes dans l’économie marocaine serait corrélée à une légère augmentation du PIB, tout en stimulant la consommation d’énergie renouvelable et la réduction des émissions de CO₂.
Ces développements font des obligations vertes un levier central de la transition énergétique — un moyen de canaliser l’épargne vers des projets durables, tout en attirant des investisseurs institutionnels et internationaux.
Partenariats multilatéraux & financements internationaux.
En septembre 2025, le Maroc a formalisé un nouveau programme de partenariats climat associant la Green Climate Fund (GCF) et la EBRD, pour soutenir des projets verts — notamment dans le transport, l’énergie et l’adaptation au changement climatique.
La banque locale SAHAM Bank a bénéficié en juillet 2025 d’un financement vert de 55 millions d’euros pour appuyer des PME engagées dans des technologies durables, soutenu par le partenariat UE–Maroc.
À l’échelle territoriale, des initiatives comme Global Covenant of Mayors (GCoM) ont encouragé la finance climat locale : par exemple, en juillet 2025, la ville de Chefchaouen a accueilli le “Local Climate Finance Forum”, visant à canaliser des fonds vers les projets urbains verts (éclairage, déchets, adaptation climatique).
Enfin, le rapport officiel « Stratégie de Développement de la Finance Climat 2030 » (2024-2025) liste une série de mécanismes publics-privés, incitations fiscales, fonds de garantie et instruments financiers destinés à stimuler les investissements verts, tout en comblant le « gap de financement climatique ».
Projets concrets soutenus en 2025.
Grâce à ces financements, plusieurs projets avancent dans le pays :
Le plan de développement du réseau ferroviaire (électrification, modernisation) via l’obligation verte de l’ONCF.
Des initiatives d’adaptation urbaine et de résilience — éclairage public économe en énergie, gestion des déchets, infrastructures municipales vertes — portées dans des villes comme Chefchaouen.
Le soutien aux PME vertes et aux technologies durables à travers le financement accordé à SAHAM Bank, favorisant l’innovation et la création d’emplois verts.
Des projets d’énergies renouvelables et de décarbonation industrielle, en ligne avec la stratégie nationale et les engagements de neutralité carbone à horizon 2050.
Enjeux, défis et conditions de succès.
Malgré ces avancées, des obstacles persistent :
Le volume global des émissions vertes reste encore modeste comparé aux besoins du pays et aux ambitions climatiques : le Maroc doit intensifier le recours aux obligations vertes, tout en diversifiant les types de projets financés (adaptation, transport, hydrogène, etc.).
La transparence et le suivi des projets : il est essentiel que les fonds levés soient strictement affectés à des projets conformes aux critères “verts”, avec reporting clair et audits réguliers (comme l’exige le standard du marché vert).
L’inclusion : pour que la finance verte serve l’ensemble du territoire, il faut favoriser les petits porteurs, les PME, les collectivités locales — pas seulement les grandes entreprises et projets d’infrastructures.
La mobilisation des capitaux privés, y compris ceux issus de la diaspora, pour renverser l’équation du financement (public + multilatéral → public + privé + diaspora).
En 2025, le Maroc confirme son virage vers la finance climatique : obligations vertes, partenariats internationaux, montée en puissance des financements multilatéraux et mise en œuvre de projets concrets. Le pays se positionne comme un acteur sérieux de la transition écologique en Afrique, capable d’attirer des capitaux et de traduire les ambitions en infrastructures durables.
Pour transformer ces acquis en trajectoire durable, il faudra intensifier l’émission d’obligations vertes, diversifier les projets, impliquer la diaspora et le secteur privé, et garantir la transparence. Si ces conditions sont réunies, le Maroc peut devenir, à terme, un hub de la finance verte pour l’Afrique — un modèle de transition, d’investissement et de résilience face au changement climatique.